Nord-Foire : Tout sur le braquage perpétré par deux soldats

Le braquage de l’agence bancaire «Wafa Cash Attijari» de Nord Foire qui a indigné plus d’un Sénégalais a été entièrement bouclé hier par les pandores de la Brigade de la Foire, qui ont déféré les deux soldats braqueurs, Abdoulaye Dia et son acolyte Lamine Sagna dit Ino, au parquet de Dakar pour une batterie d’infractions. «L’Obs» revient sur ce gravissime fait, en déroulant le film du braquage et en s’attardant sur le mobile de l’attaque et les profils des deux mis en cause.

Mercredi 27 mars 2019. Une date qui restera gravé dans les souvenirs des habitants du paisible quartier de Nord Foire (Dakar). Ce jour, les riverains de l’agence bancaire à l’enseigne «Wafa Cash Attijari» ont eu droit à une scène de braquage de banque digne des films hollywoodiens, ayant comme acteurs principaux, deux militaires en activité à la Base aérienne de Ouakam, qui ont opéré à l’aide d’une arme à feu et d’un moyen de locomotion.

Comment le soldat Abdoulaye Dia a planifié son opération commando

Le 27 mars dernier, le soldat de première classe, Abdoulaye Dia, qui en était à son 19e jours de congé (de 25 jours), qu’il a pris le 8 mars dernier, s’était rendu chez lui à Thiès, où il vit en compagnie de ses parents. Un repos mérité qu’il a mis à profit pour, notamment, être aux petits soins de son épouse qui venait de donner naissance à un nouveau-né, le lundi 25 mars dernier. Le baptême du bébé prévu pour être célébré le 1er avril suivant, Dia s’affairait sur les derniers préparatifs de ces festivités importants à ses yeux. Seulement, ce qui est parti pour être une fête, se transformera en une énorme angoisse pour le soldat Dia qui avait perdu le sommeil, faute de moyens financiers pour célébrer ce baptême.

Le projet du braquage et le vol du pistolet – Après s’être longuement torturé les méninges, Abdoulaye Dia qui tenait, malgré tout, à célébrer ce baptême, va choisir une méthode peu orthodoxe pour se refaire une santé financière : Braquer une banque. Son plan peaufiné, Dia quitte Thiès dans la matinée du 27 mars dernier, vêtu de sa tenue de sapeur-pompier, pour rallier le quartier Nord Foire. Une fois dans ce paisible quartier de Dakar, il fait un détour à l’agence bancaire «Wafa Cash Attijari», vers 12H30m. Ayant pris pour cible cette structure bancaire, le soldat Abdoulaye Dia s’est invité à l’intérieur, avant de se présenter à la caissière, Nd. G. Niang. Il lui indique qu’il souhaite faire le change de billets (Euro – Cfa). La caissière lui répond qu’elle n’était pas en mesure de faire ce change. En réalité, ce n’était là qu’une simulation, une excuse toute faite, lui permettant d’espionner les lieux précisément le box de la caissière, histoire de se fixer sur la position du coffre-fort et le tiroir où celle-ci range des liquidités. Après avoir achevé, en bon militaire, cette inspection, Abdoulaye Dia s’est retiré pour se rendre à la Base aérienne de Ouakam.

Là, connaissant parfaitement la configuration du camp et ses moindres coins et recoins, il s’est rendu discrètement dans la chambre du sous-officier qui a en charge la gestion du magasin d’armes. Là, à l’insu du sous-officier, Dia a dérobé la clé de l’armurerie. Les actes murement réfléchis, il s’est engouffré dans le magasin d’armes et y a dérobé des minutions de 9 mm et un pistolet qui tire des munitions sifflantes, qui servent à chasser les oiseaux qui s’aventurent sur les pistes de décollage et d’atterrissage des avions. Ceci étant, il a pris langue avec son acolyte, le soldat de première classe Lamine Sagna, affectueusement appelé par ses collègues «Ino» (en référence à l’un des plus célèbres malfrats du pays). Dia lui expose son projet de braquage de l’agence bancaire «Wafa Cash Attijari». Ayant convenu du principe, les deux «classe de guerre» vont quitter ensemble la Base à Ouakam et faire un détour chez une connaissance, un mécanicien. Qu’ils ont convaincu de leur prêter un scooter de marque «Liberty». Ce qu’accepte ce dernier. À bord de ce scooter, Dia et Sagna rallieront Nord-Foire. Une fois à proximité de ladite agence bancaire, ils ont garé le scooter à environs 10 mètres, dans un coin stratégique, afin de pouvoir l’utiliser au moment de battre retraite, après coup.

L’attaque – Lamine Sagna sera le premier à s’introduire dans l’agence. Il se dirige directement vers la caisse et demande à la caissière, si la banque dispose d’un «Western Union». Celle-ci lui répond par l’affirmative et lui demande de patienter. Lamine Sagna va ainsi prendre place sur une des chaises réservées aux visiteurs. Quelques minutes après, il est rejoint par Abdoulaye Dia qui s’est assis près de lui. Les ayant aperçus en train de chuchoter, la caissière va dévisager Dia, avant de se souvenir que celui-ci s’était déjà présenté à elle ce jour, vers 12 heures. Soupçonnant Dia et son compagnon Sagna, la caissière s’est levée de sa chaise et s’est empressée d’aller refermer à double tour la porte de son box. Un réflexe aussitôt décrypté par les soldats, Abdoulaye Dia et Lamine Sagna qui ont bondi de leur chaise et se sont rués sur la caissière. Pistolet en main, Dia tient en joue la dame. Au même moment, Lamine Sagna qui tenait en main un ruban adhésif, s’attelait à la bâillonner, en tentant de l’étrangler. Menaces à la bouche et arme à feu bien en place, les braqueurs tentent de contraindre la caissière Nd. G. Niang d’ouvrir le coffre-fort. Elle fait preuve de courage et refuse de s’exécuter.

Dia et Sagna, conscient que le temps leur est compté, décident alors de se contenter des liasses de billets de banque qui se trouvaient sur le comptoir, chiffrées à la somme de 977 249 FCfa. Les gémissements de la caissière vont alerter le vigile, O. A. Ndiaye qui, venu aux nouvelles, sera promptement accueilli par Dia qui lui a asséné un coup de poing nourri. Secondé par son acolyte Sagna, ils ont cherché à entraîner de force le vigile à l’intérieur de la banque, pour ne pas attirer la curiosité des passants. Il s’en est suivi de chaudes empoignades, avant que Dia et Sagna ne choisissent de vider les lieux.

L’arrestation – Dans la foulée, le pistolet que détenait Abdoulaye Dia tombe. Il est de suite récupérer par Lamine Sagna qui le suivait de derrière. Une fois au dehors de l’agence bancaire, les deux soldats braqueurs ont pris des trajectoires différentes, au moment où le directeur de l’agence, O. Diop, était en réunion dans une place dakaroise. Alertés par l’ébruitement de l’incident, les gendarmes de la Foire en faction au poste de surveillance et de régulation du rond-point Nord Foire, entrent en action. Dia et Sagna seront ainsi arrêtés, maîtrisés au terme d’une courte cavale.

Abdoulaye Dia, titulaire du Bfem, est l’aîné d’une famille de 5 enfants

Abdoulaye Dia est soldat de première classe, détaché à la section Sapeur-pompier, au Groupement de soutien de l’Armée de l’air (Gsaa), sis à Ouakam, appelé Base aérienne Capitaine Amdalla Cissé. Il est issu d’une famille de 5 enfants, dont il est l’aîné. Il a fréquenté l’école jusqu’en classe de 3e et est titulaire du Bfem. Il est marié à une épouse et est père de deux enfants. Il a rejoint les rangs de l’Armée en 2009.

Célibataire, père de 2 enfants, Lamine Sagna intègre l’Armée après avoir arrêté l’école en classe de Cm2

Né le 14 juin 1995 à Dakar, Lamine Sagna dit «Ino» est soldat de première classe, en service au Groupement de soutien de l’Armée de l’air, sis à Ouakam. Il est issu d’une fratrie de 7, dont il est aussi l’aîné. Son cursus scolaire l’a mené jusqu’en classe de Cm2. Il a, par la suite, intégré les rangs de l’Armée sénégalaise en 2015. Célibataire, mais père de deux enfants, il soutient qu’il percevait un salaire mensuel de moins de 100 000 FCfa.

Les infractions retenues contre les deux soldats braqueurs

Les pandores de la Brigade de la Foire qui ont bouclé hier vendredi, leur enquête, ont déféré ce jour les deux soldats braqueurs de première classe, Abdoulaye Dia et Lamine Sagna, au Parquet de Dakar. Il est retenu à leur encontre, les infractions d’association de malfaiteurs, vol en réunion commis avec usage d’arme à feu, avec moyen de locomotion, menaces, violences et voies de fait, détention illégale d’arme à feu et munitions de guerre sans autorisation. Aux dernières nouvelles, les soldats de première classe, Abdoulaye Dia et Lamine Sagna, n’ont pas rejoint la prison centrale de Rebeuss. Motif, ils ont bénéficié d’un retour de parquet. Ils seront à nouveau reconduits à la cave du tribunal de grande instance de Dakar, lundi prochain, dans l’optique de faire face au substitut du Procureur en charge de leur dossier.

IGFM

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