Non Monsieur Pape Oumar Sakho, un Juge ne doit pas dire ça

Surpris est le sentiment qui m’a animé en écoutant le discours du Juge Pape Oumar Sakho, Président du Conseil Constitutionnel sénégalais, lors de l’investiture du Président Macky Sall de ce 02 avril 2019. Monsieur le Juge, vous avez dit « avec ce fort taux de 58% », parlant du score de réélection du Président » ! Non, Monsieur le Juge, ce n’est pas à vous de commenter ce score que vous pouvez cependant bien rappeler dans votre discours. Le qualifier ainsi (de « fort »), je dirai même l’apprécier, est pour moi une prise de position, qui doit appartenir aux analystes et pas à vous les Juges, censés vous limiter aux faits, sans les commenter vraiment ou apprécier, surtout publiquement.

Ensuite vous avez parlé d’une « participation rarement égalée » à propos des 66% de participation au scrutin. Non Monsieur le Juge, cette participation n’a rien d’exceptionnel au Sénégal. Le Sénégal indépendant a même connu des taux de participation à plus de 90% (95% en 1968 et 97% en 1973). Et récemment, en 2007, il a été de 71%, lors de la réélection de Wade. Il en est de même du score de 58% qui n’a rien de « fort », car par le passé, des présidents ont été élus ou réélus en un tour avec des scores nettement plus élevés (Senghor l’a toujours été entre 1963 et 1978 et Diouf a eu 84% en 1983, 73% en 1988 et 58% en 1993). Même les 56% de Wade en 2007 sont plus méritants, si l’on contextualise, que ces 58% ; puisque le scrutin l’ayant opposé à 14 autres candidats (contre 4 seulement pour Macky), dont les partis les plus représentatifs (Rewmi, PS, AFP…). Cela dit, je ne suis pas en train de dénigrer la victoire du Président, mais veux juste que l’histoire soit dite sans exagération ou extrapolation.

Vous avez aussi parlé de « réélection incontestable » ! Non Monsieur le Juge, même si je ne partage pas certaines contestations de l’opposition, notamment sur le scrutin lui-même (le 24 février) et sur les résultats auxquels il a abouti ; on peut contester plusieurs choses sur la « phase amont » de cette présidentielle, surtout certaines décisions de justice, qui ont mis hors course deux candidats majeurs ayant pourtant franchi le fameux parrainage et rendant donc le scrutin « moins compétitif » pour le Président sortant.

Vous avez aussi parlé de « monologues parallèles, faits d’invectives et de calomnies », parlant d’une certaine critique dans les médias à propos de cette élection et surtout vis-à-vis du Conseil Constitutionnel. Ici, nous voyons nettement que vous faites, sans la nommer, allusion à l’opposition à qui, à mon avis, vous ne devez pas répondre dans ses critiques (qui ne sont pas toutes infondées d’ailleurs !), notamment en ce jour si spécial pour notre pays. Vous auriez pu prendre vraiment de la hauteur, surtout en cette cérémonie où nombreuses sont les délégations étrangères présentes. Le Linge sale se lave en famille !

Enfin le « vibrant hommage rendu, dans la dernière partie de votre discours, à la 1ère dame dans la réélection du Président ». Là, on est totalement dans le commentaire, l’appréciation, voire l’analyse. Monsieur le Juge, encore une fois, l’analyse des résultats ne doit, d’aucune manière, être (surtout par principe de neutralité), du ressort de la Justice que vous incarnez. Laissez-la aux sociologues, aux politistes, voire aux « passionnés hors justice ». Je n’ai rien contre la 1ère dame, dont effectivement le rôle dans cette campagne peut être salué par ceux qui peuvent le faire. Mais ce n’était vraiment pas lors de cette circonstance ; de surcroît je ne pense pas que cela siée à votre statut de Magistrat.

C’est la 1ère cérémonie d’investiture de mon pays que je suive et qui soit aussi teintée de prises de position, voire de piques aussi flagrantes venant de la justice.
Apaisons-le climat ! On ne peut parler de « monologues parallèles, faits d’invectives et de calomnies », ensuite répondre implicitement à ces mêmes « monologues… » et appeler au dialogue (contraire de « monologue »), comme l’a lancé le Président, au soir de la Proclamation des résultats par la Cour d’Appel de Dakar et encore rappelé aujourd’hui.
Vive le Sénégal, Vive la République !

Dr Christian N. MINGOU

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