Didier Awadi sur Ousmane Sonko : « Je me retrouve dans beaucoup de ses discours »

Le combat de Sankara – Ousmane Sonko – la gouvernance sous Macky – le Positive Black Saoul – Ses projets – Awadi toujours fidèle à ses engagements.

Il fait partie des précurseurs du mouvement hip hop au Sénégal. Membre du groupe Positive Black Soul (Pbs) et pionnier du rap en Afrique, Didier Awadi fait partie des artistes les plus écoutés par la jeunesse du continent africain. Dans cet entretien accordé à «L’As», cet inconditionnel de Thomas Sankara revient sur sa carrière, donne son avis sur la jeune génération et la situation du pays, et évoque la célébration des trente ans de Positive Black Soul (PBS) prévue au mois d’août.

«L’As» : En tant que précurseur du rap au Sénégal, comment voyez-vous l’évolution de cette musique et de la culture urbaine ?

Le rap évolue bien au Sénégal. On a de grands patrons dans le rap au Sénégal. Je peux citer Dip Doundou Guiss, Omzo Dollar, Canabass et tant d’autres. Ils ont su s’imposer et apporter leur touche personnelle au rap. Dans toutes les régions du pays, il y a des groupes et d’excellents rap- peurs. C’est bien. Et ça marche bien pour les jeunes.

Quid de la dénonciation des tares de la société ?

L’engagement est toujours là. A chaque fois qu’on avait besoin de la voix des rappeurs, ils se sont toujours prononcés sur la situation du pays. Maintenant, les choses évoluent. On ne va pas demander aux jeunes d’aujourd’hui de faire ce que le Positive Black Soul (PBS) faisait, il y a trente ans. Chacun doit faire ce qu’il sent.

Est-ce que le niveau d’engagement n’a pas battu de l’aile ces dernières années ?


Le niveau d’engagement d’hier n’est pas comparable à celui d’aujourd’hui. Avant, il n’y avait presque que le rap engagé au Sénégal. Aujourd’hui il y a beaucoup de tendances, mais quoi qu’il en soit, le rap engagé existe toujours. Les jeunes sont conscients et connaissent bien ce qu’est le rap. Si engagement doit avoir lieu, je pense qu’ils le feront.
Macky Sall a été réélu avec 58,27% à la dernière présidentielle.

Que pensez-vous de sa gouvernance à la tête du pays?

La gouvernance du Président Macky Sall (il hésite) … En fait, je n’ai pas trop envie d’aborder ces types de questions. Cela ne m’excite pas trop.

Ousmane Sonko est décrit par certains comme le Thomas Sankara sénégalais. En tant que «Sankariste», que pensez-vous du leader de Pastef ?

Oui ! Mais il faut savoir que Thomas Sankara est Thomas Sankara et Ousmane Sonko est Ousmane Sonko. C’est vrai qu’il épouse, dans beaucoup de domaines, le discours de Sankara. Il parle de rupture et cela a l’air intéressant. En tout cas, je me retrouve dans beaucoup de ses discours. Maintenant, le discours est une chose et la pratique en est une autre. Personne ne peut nier que beaucoup de jeunes se retrouvent dans les discours de Sonko surtout sur la question de la rupture.

Est-ce que le discours de Thomas Sankara porte toujours ?

Le combat de Thomas de Sankara est destiné à tout le monde. Il est toujours d’actualité. Vous avez défini Sonko comme le Sankara sénégalais. Cela prouve que l’idéologie de Sankara est toujours d’actualité. Le combat de Sankara est un combat éternel pour la liberté, l’équité et la justice. Tant qu’il y aura de l’injustice, il y aura toujours de la place pour le discours Sankariste.

Awadi est un artiste mondialement connu. Que fait-il pour promouvoir la jeune génération d’artistes sur la scène extérieure?

J’organise des évènements internationaux à l’occasion desquels j’invite certains jeunes. Je les présente à des instances internationales. J’essaie d’en exposer le maximum. Tout dernièrement, il y a une fille qui s’appelle Moona qui travaillait avec moi ; elle a signé chez Sony. Il y a d’autres jeunes qui ont su tirer leur épingle du jeu à travers les rencontres que je leur facilite aussi.

Si vous avez une critique à faire à la jeune génération, ce serait quoi ?


Je n’ai vraiment pas de critiques à leur faire. Je vois qu’ils sont en train d’écrire leurs histoires. J’ai le devoir de les accompagner dans l’écriture de leur histoire, car chacun d’eux doit écrire sa propre histoire.

Quels sont vos rapports actuels avec Dugge Tee ?

Nous nous entendons super bien. Nous sommes une famille. D’ailleurs, je vous annonce que nous allons célébrer les trente ans de Positive Black Soul. A partir du mois d’août, commenceront les activités sur la célébration de ces trente ans. Et c’est cela qui est à l’ordre du jour.

Vous avez joué dans le film «Bienvenue au gondwana». Allez-vous continuer cette expérience dans le cinéma ?

Je vais continuer dans le cinéma, mais être acteur, ce n’est pas ce qui m’excite le plus. Je vais plutôt sur pencher vers la production. On va produire beaucoup de films et de séries. Dans le film «Bienvenue au Gondwana», j’ai répondu à l’appel de certains copains qui ont voulu me donner un rôle et j’ai interprété mon propre personnage. J’ai joué le rôle du musicien. Cette expérience était agréable. Mais ce que je préfère, c’est produire des films.

Quels sont vos projets à court terme?

Présentement, je fais des tournées dans les régions et je me produis dans les clubs de Dakar. Il y a aussi une série de clips qu’on est en train de sortir. On a aussi sorti un nouveau clip qui s’appelle «Mamiwatta» et bien- tôt on va sortir un autre clip intitulé «Ndanane». Dès le début du mois de mai, on va promouvoir l’album en France.

Votre dernier album «Made in Africa» est un mélange. Pourquoi un tel choix?

Un album, c’est des moments de vies. Je l’ai fait sur cinq ans. Parfois, il y a des moments où tu es énervé et d’autres moments où tu es calme. Parfois tu baignes dans un monde d’amour ou de politique. Tous ces différents moments de vie se traduisent par différentes couleurs en musique. Il y a des moments où je suis plus reggae et cela se traduit dans ma création. Il y a des moments où j’ai envie de rendre hommage à Ismaël Lo, ou à Aly Farka Touré, je le fais avec son fils Vieux Farka Touré. J’ai réalisé mon rêve en faisant un featuring avec Alpha Blondy. Je n’ai pas envie qu’on me mette dans une cage.

Awadi est rappeur producteur et homme d’affaires. Comment gérez-vous toutes ces casquettes ?

J’ai une structure bien organisée. C’est un bureau avec chacun dans son domaine. Chacun des sujets que je traite est géré par un groupe de personnes au niveau du studio Sankara. Aujourd’hui grâce à DIEU, nous travaillons avec beaucoup de personnes. Et chacun des différents groupes sait bien traiter les différents projets sur les- quels je me suis investi.

Où en êtes-vous avec les compilations sous régionales que vous faisiez ?


Projet de compilation continue toujours. Il y a moins d’un an, nous avons fait une chose similaire au Burkina Faso avec beaucoup d’artistes panafricains. Je n’ai jamais arrêté ce genre de projets. On organise toujours autant d’événements. Peut-être que certaines per- sonnes ne sont pas au courant, mais les choses se passent très bien.

Qu’attendez-vous de l’Etat dans sa politique culturelle?

Un nouveau ministre vient d’arriver. Je profite de votre tribune pour rendre un hommage à l’ancien ministre de la Culture qui a fait un bon travail. Mbagnick Ndiaye était bien aussi dans ce département. On attend beau- coup du nouveau ministre, tout en espérant qu’il continuera sur la bonne dynamique d’ouverture aux cultures urbaines. La culture n’est pas un secteur facile certes, mais si le nouveau ministre a le sens de l’écoute, il pourrait réussir sa mission.

Parmi vos enfants, y a-t-il qui veulent suivre vos pas dans la musique ?


La musique, ce n’est pas une question de relève. Je ne suis pas à la recherche de relève. Si mes enfants décident de faire de la musique, ce sera leurs choix. Et si tel est le cas, je les accompagnerai. Le but n’est pas de trouver une relève. Et s’il y a relève, ce sera à eux de se construire et de se frayer un chemin

L’As

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