Macky Sall, l’ascension fulgurante d’un géologue qui a forcé le destin

Le président Macky Sall, candidat à sa propre succession à la présidentielle du 24 février, est sans doute l’homme politique sénégalais pouvant se prévaloir de la plus fulgurante des ascensions parmi les acteurs de sa génération.

Son accession à la magistrature suprême, au soir du 25 mars 2012, jour du scrutin du second tour de la présidentielle de cette année-là, sonnait comme une fin de règne des caciques, barons politiques dont les trajectoires prédestinées avaient accompagné l’indépendance du Sénégal.

Alors qu’il se présentait pour la première fois à une élection présidentielle, il battait le président sortant, son ancien mentor avec 65,80 % des voix contre 34,20 %, après avoir recueilli 26,58 % des voix au premier tour, contre 34,81 %.

Le triomphe de Macky Sall représentait d’abord et avant tout la consécration d’un des nombreux chefs de gouvernement du mentor Abdoulaye Wade, dont la conviction lui a forcé les portes du destin, l’actuel locataire du palais de la République n’étant pas dans ce contexte le plus attendu à l’arrivée de la course à la succession du pape du Sopi.

Mais avec le recul, le président sortant a fortement relativisé cette lecture. « Lorsque j’accède à la primature (le 21 avril 2004), j’ai 42 ans, je n’ai pas la flamboyance de Seck (Idrissa, son prédécesseur), mais Wade m’a préparé à cette fonction en faisant de moi, auparavant, non seulement le ministre de l’Intérieur (août 2003- avril 2004), mais aussi le porte-parole du gouvernement ».

« Le grand public me connaissait, je donnais l’image d’un homme discret, fidèle et efficace », ajoute le président sortant dans son autobiographie intitulée « Le Sénégal au cœur » (éditions Cherche Midi).

Ils étaient nombreux ceux qui ne misaient pas sur ses chances d’accéder à la magistrature suprême, mais l’ancien président de l’Assemblée nationale a eu le mérite de croire en son étoile, son flair ne l’ayant pas trahi au final, aidé en cela par les candidats battus réunis au sein de la coalition Benno Bokk Yakkar (« Unis pour le même espoir », en wolof).

Pourtant, en 2000, lorsqu’Abdoulaye Wade, l’éternel opposant à l’ancien président Abdou Diouf arrivait au pouvoir, il était encore loin de figurer sur la liste de ses potentiels successeurs.

Absent du premier gouvernement d’Abdoulaye Wade piloté par Moustapha Niasse, il est nommé directeur de la Société des pétroles du Sénégal (PETROSEN) de décembre 2000 à juillet 2001, après plusieurs années au poste de chef de la division Banque de données et conseiller spécial auprès du Président de la République, chargé de l’Énergie et des Mines.

ASCENSION FULGURANTE

Très vite, il gravit les échelons, en devenant ministre d’Etat, ministre de l’Energie, des Mines et de l’Hydraulique (mai 2001 à novembre 2002), puis ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales (août 2003 à avril 2004). Il est dans le même temps nommé vice-président du comité directeur du Parti démocratique sénégalais (PDS).

En avril 2004, le président Abdoulaye Wade le nomma Premier ministre, un poste qu’il occupera entre avril 2004 et juin 2007. Son passage à la Primature marque le lancement de plusieurs grands chantiers dont les plus en vue sont l’autoroute à péage et l’aéroport de Diass.

Directeur de campagne du président sortant Abdoulaye Wade, il contribue à sa réélection à un second mandat en 2007, face notamment à Idrissa Seck et Ousmane Tanor Dieng.

PÉRIODE DE DISGRÂCE

Mais à sa grande surprise et à celle des observateurs les plus avertis, il n’est pas reconduit à la tête du gouvernement.

Elu président de l’Assemblée nationale, il est sommé de démissionner par le président Abdoulaye Wade. Mais il refuse de s’exécuter. Son mandat, qui était de cinq ans, est alors réduit à un an, après qu’il a voulu faire auditionner Karim Wade, le fils de l’ancien président Abdoulaye Wade sur l’Agence de l’Organisation de la conférence islamique (ANOCI).

Son poste de numéro 2 du Parti démocratique sénégalais (PDS) lui est également retiré.

Accusé de blanchiment d’argent puis blanchi, il prend ses distances du PDS et crée sa propre formation politique, l’Alliance pour la République (APR), une manière de prendre date pour la présidentielle de 2012.

DE AND-JËF AU PDS

Né le 11 décembre 1961 à Fatick, Macky Sall, qui a aussi grandi dans le Fouta, a côtoyé les maoïstes dès le lycée de Kaolack, puis à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Il y milite au sein d’And-Jëf. Mais très vite, des divergences se font jour entre lui et son leader Landing Savané qui prône le boycott de la présidentielle de 1983, tandis que lui préconise de sanctionner le Parti socialiste (PS).

Se disant désormais libéral dans l’âme – son vote est allé au Parti démocratique sénégalais en 1988 -, il rejoint le PDS après avoir décroché son diplôme d’ingénieur géologue. Il devient par la suite président des cadres du PDS.

A son élection à la magistrature suprême, il s’attelle très vite à mettre en œuvre son programme de développement dit « Yoonu Yokkuté en wolof » (La véritable voix du développement).

FOISONNEMENT D’INITIATIVES

Dans le sillage de ce programme, il lance en 2014 le Plan Sénégal émergent (PSE) assorti de plusieurs initiatives : Couverture maladie universelle (CMU), bourses de sécurité familiale, Programme d’urgence de développement communautaire (PUDC), Pôle urbain de Diamniadio, Programme de modernisation des villes, entre autres.

Sans compter les chantiers engagés par le chef de l’Etat et qui visent l’atteinte de l’autosuffisance en riz.

Le Train express régional (TER), qui compte parmi ses projets les plus emblématiques, doit relier Dakar à la nouvelle ville de Diamnadio où, sous son impulsion, plusieurs infrastructures ont déjà vu le jour : Centre international Abdou Diouf (CICAD), gare des gros porteurs, marché d’intérêt national, sphères ministérielles, parc industriel…

Mais le chef de l’Etat est accusé par son opposition et ses pourfendeurs de gonfler la dette publique par un « recours systématique » aux emprunts pour financer ses projets, ce dont il se défend en faisant valoir que le Sénégal a encore un faible ratio dette/PIB et des fondements macroéconomiques solides. Il justifie l’utilité de ses projets et bat en brèche les critiques de ceux qui y voient des dépenses de prestige.

Il semble avoir pris l’option de compenser l’hostilité d’une partie de l’establishment politique par le contact avec le terrain, une aubaine pour lui qui se présente comme « un Sénégalais de synthèse, un Pulaar de culture sérère », pour être né et avoir grandi à Fatick, capitale de la région naturelle du Sine, fief de cette dernière ethnie.

Parlant wolof, sereer, pulaar, français et anglais, il parcourt l’intérieur du pays à travers notamment des « tournées économiques » et les conseils des ministres décentralisés.

Jusqu’aux derniers jours précédant la campagne électorale, il a multiplié les déplacements pour notamment le dragage du port de Kaolack, l’inauguration du TER, le lancement des travaux de réhabilitation de 10 aéroports régionaux, l’inauguration d’autoroutes. Macky Sall a tenu jusqu’au bout à soigner son bilan.

VAGUES DE CRITIQUES

Cependant, malgré les « bonds de géant » qu’il a selon ses partisans fait faire au pays, il reste la cible de nombreuses critiques de la part de ses adversaires politiques.

Les récriminations portent notamment sur le « non-respect » de sa promesse de diminuer son mandat de sept à cinq ans, « les violations de la liberté de manifester », l’ »élimination d’adversaires politiques » par le biais de la justice, le train de vie de l’Etat et la taille du gouvernement.

La présence de membres de sa famille lui attire également les foudres de ses contempteurs qui s’en prennent aussi à la gestion de l’attribution des licences d’exploration de pétrole et de gaz.

Ses pourfendeurs l’accusent aussi de préparer un coup de force électoral, après notamment l’application de la loi sur le parrainage qui a entrainé l’élimination de plusieurs candidats de la course à la présidentielle.

Des critiques qui sont loin d’ébranler le locataire du palais de l’avenue Léopold Sédar qui se concentre plus que jamais sur son bilan. Confiant en sa victoire au premier tour, il enchaîne depuis quelques semaines les lancements de chantiers et les inaugurations d’infrastructures.

Une manière pour lui de se concentrer sur son sujet et de vouloir rééditer son coup de 2012, lorsqu’il avait choisi de déserter les rues de Dakar où manifestait le Mouvement du 23 juin contre la validation de la candidature d’Abdoulaye Wade à un second mandat, pour parcourir le pays et convaincre les électeurs.

Mais si l’on en croit médias et analystes, le danger qui guette le président sortant, est de croire que le match est joué d’avance. Sa première trajectoire doit lui éviter de croire cela.

APS

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